Lorsque le vétérinaire prescrit de la cortisone à votre chien, il est naturel de ressentir une certaine appréhension. Souvent qualifiée de « médicament miracle » pour sa capacité à éteindre le feu de l’inflammation, la cortisone traîne aussi une réputation sulfureuse en raison de ses effets secondaires potentiels.

Mais pourquoi administre-t-on exactement ce puissant anti-inflammatoire à nos toutous ? Est-ce dangereux ? Dans cet article, nous faisons le point sur l’usage des corticoïdes chez le chien, leurs indications thérapeutiques et les précautions indispensables à prendre.
Qu’est-ce que la cortisone (les corticoïdes) ?
Avant de comprendre pourquoi on l’utilise, il faut comprendre ce que c’est. La cortisone (ou plutôt les corticostéroïdes comme la prednisone, la prednisolone ou la dexaméthasone) est un dérivé synthétique du cortisol.
Le cortisol est une hormone naturelle produite par les glandes surrénales du chien. Elle joue un rôle crucial dans la régulation du métabolisme, du système immunitaire et de la réponse au stress. Les médicaments à base de cortisone imitent cette hormone, mais avec une puissance anti-inflammatoire bien supérieure.
Les 4 raisons principales d’administrer de la cortisone à un chien
Le spectre d’action de la cortisone est immense. Voici les quatre cas de figure principaux où votre vétérinaire pourrait en prescrire.
1. Pour traiter les allergies et les problèmes de peau
C’est l’usage le plus fréquent. La cortisone est redoutablement efficace pour stopper les démangeaisons (prurit) intenses. Elle est souvent prescrite pour :
- La dermatite atopique canine.
- Les réactions allergiques aiguës (piqûre d’insecte, allergie alimentaire).
- Les « Hot spots » (dermatites humides aiguës).
Dans ce cas, la cortisone agit rapidement pour soulager l’animal qui se gratte au sang, brisant ainsi le cercle vicieux « grattage-infection ».
2. Comme puissant anti-inflammatoire
Contrairement aux AINS (Anti-Inflammatoires Non Stéroïdiens comme l’ibuprofène ou le méloxicam), la cortisone est un Anti-Inflammatoire Stéroïdien (AIS). Elle est utilisée pour réduire l’inflammation dans divers organes :
- Problèmes respiratoires : Bronchite chronique ou asthme canin.
- Problèmes articulaires : Lors de crises d’arthrose très aiguës ou de hernies discales, pour réduire l’œdème autour de la moelle épinière.
3. Pour supprimer le système immunitaire (Immunosuppression)
À forte dose, la cortisone a la capacité de « mettre en veille » le système immunitaire. Cela peut sembler contre-intuitif, mais c’est vital lorsque le système immunitaire du chien se dérègle et attaque son propre corps (maladies auto-immunes). On l’utilise pour traiter :
- L’anémie hémolytique à médiation immune (le corps détruit ses globules rouges).
- Le lupus.
- La polyarthrite à médiation immune.
4. En oncologie (Cancer) et maladies hormonales
La cortisone fait souvent partie des protocoles de chimiothérapie, notamment pour les lymphomes, car elle peut détruire certaines cellules cancéreuses et améliorer l’appétit et le bien-être du chien. Enfin, elle est indispensable pour traiter la maladie d’Addison (hypoadrénocorticisme), une pathologie où le chien ne produit plus assez de cortisol naturel.
Les effets secondaires : À quoi s’attendre ?
C’est le point qui inquiète le plus les propriétaires. Il faut distinguer les effets à court terme (fréquents et souvent bénins) des effets à long terme.
Les effets immédiats
Dès les premières prises, vous remarquerez presque systématiquement ces changements :
- Polyuro-polydipsie : Le chien boit beaucoup plus et urine énormément. C’est normal, ne le grondez jamais s’il s’oublie à l’intérieur.
- Polyphagie : Une augmentation spectaculaire de l’appétit. Attention à la prise de poids ! Il sera peut-être nécessaire d’adapter son alimentation avec des croquettes allégées pour éviter qu’il ne grossisse.
- Halètement : Le chien peut haleter davantage, même au repos.
Les effets sur le long terme
Si le traitement dure plusieurs mois, des effets plus sérieux peuvent apparaître :
- Fonte musculaire et faiblesse.
- Amincissement de la peau et perte de poils.
- Sensibilité accrue aux infections.
- Risque de diabète ou d’ulcères gastriques.
- Syndrome de Cushing iatrogène : Un dérèglement hormonal causé par l’excès de cortisone.
Les règles d’or de l’administration de cortisone
Si votre vétérinaire a prescrit ce médicament, c’est que la balance-bénéfice/risque penche en faveur de la santé de votre chien. Cependant, en tant que maître, vous devez respecter des règles strictes :
- Ne jamais arrêter brutalement le traitement : C’est la règle la plus importante. La cortisone met au repos les glandes surrénales du chien. Si vous stoppez net le traitement, les glandes ne peuvent pas redémarrer assez vite, ce qui peut provoquer une crise addisonienne (choc, collapsus) potentiellement mortelle. Le sevrage doit toujours être progressif.
- Laissez l’eau à volonté : Votre chien va boire beaucoup, ne restreignez jamais son accès à l’eau.
- Surveillez les selles : Si vous voyez des selles noires (signe de sang digéré) ou des vomissements, consultez immédiatement (risque d’ulcère).
- Pas d’automédication : Ne donnez jamais un reste de cortisone humaine ou canine sans avis médical. La cortisone ne fait pas bon ménage avec d’autres médicaments (notamment les autres anti-inflammatoires).
Conclusion : Ami ou ennemi ?
La cortisone n’est ni un démon, ni une solution magique anodine. C’est un outil thérapeutique puissant. Utilisée ponctuellement pour calmer une allergie ou sauver un chien d’une maladie auto-immune, elle est irremplaçable.
Le secret réside dans le dosage et la durée. Votre rôle est d’observer votre chien, de signaler tout effet secondaire anormal et de respecter scrupuleusement le protocole de sevrage établi par votre vétérinaire.