Interpréter le chevauchement chez le chien

Médor s’excite avec bonheur sur la jambe de votre invité ? Doit-on pour autant le qualifier d’obsédé, d’homosexuel malsain, de dominant ou de vilain pervers ? Même si nous gardons à l’esprit que le comportement sexuel du chien est très différent du nôtre, nous interprétons souvent ces inavouables penchants comme étant un vice qu’il faut réprimer.

Souvent qualifiées de signes de dominance, les idées reçues sur les comportements sexuels déviants de nos fidèles compagnons sont tenaces. Face à ces réflexions fantaisistes et ces interprétations erronées, une mise au point s’impose.

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On entend souvent que le chevauchement d’un chien est une attitude tendant à imposer une supériorité, d’affirmer un statut par rapport à l’autre ou qu’il s’agit de sexualité.

Donc, à partir de ces explications, quand un chien monte un congénère ou un humain, il est excité sexuellement et veut le dominer. Si l’on accepte ce postulat, le chien exprimerait les mêmes intentions sur le coussin du canapé… Chercher à s’accoupler avec un morceau de tissu pour mieux asseoir sa supériorité et affirmer son statut a de quoi faire sourire !

Les raisons de ces chevauchements sont bien entendu tout autres.

Répondre avec brutalité

Autre erreur de jugement, fréquemment rencontrée chez les maîtres dépassés : les « solutions » préconisées afin de faire cesser ces chevauchements.

Convaincu que par cette attitude, le chien cherche à dominer, son maître lui ordonne fermement d’arrêter, le punit et le met à l’écart…, mais ces ordres sont rarement suivis d’effets.

Et pour cause, le chevauchement ne doit jamais être pris pour un signe de « dominance » ou de dépravation. L’animal n’est pas un libertin !

Le chien chevauche pour extérioriser son stress. Cette attitude, aussi condamnable soit-elle a une valeur sociale : c’est la manifestation d’un malaise, d’un manque d’assurance.

Or, que peut-il se produire si le maître excédé lui hurle dessus ? Il ajoute un stress supplémentaire à son chien déjà angoissé… ce qui ne fait qu’empirer la situation et amplifier la détresse de l’ « indélicat ».

Punir et répondre « fermement » à un chien inquiet n’est pas la solution.

Les chevauchements sur l’Homme

Concernant les chevauchements du chien sur l’Homme, il convient de se poser quelques questions : Qui est cette personne ? D’où vient-elle? À quelle fréquence ce comportement se manifeste-t-il ? Comment réagit l’individu face à ces manifestations ? Quelle est la réaction de l’environnement extérieur ? Etc.

Le chevauchement se manifeste généralement sur une personne ne faisant pas partie du foyer (un membre de la famille moins proche, un ami, un voisin…). Le risque que cet individu apporte avec lui l’odeur d’une femelle en chaleur n’est pas à exclure, mais le plus souvent, sa présence est surtout synonyme d’inconnu, de nouveauté et donc d’un stress.

Un chien sensible parvenant difficilement à s’adapter au changement sera donc plus enclin à chevaucher dans ce type de situation.

Modification d’horaires de travail, vacances, reprise du travail, séparation, tensions ou arrivée d’un nouvel individu dans la sphère familiale sont d’autres facteurs qui peuvent être à l’origine d’anxiété chez le chien, d’où certains chevauchements sur des personnes de la famille.

Les solutions face à ces assauts

La personne assaillie peut se soustraire aux prises de l’animal en se tournant ou en s’éloignant du chien en effectuant un pas de côté.

Face à l’engouement de certains canidés, ce procédé peut s’apparenter à une sorte de danse folklorique, mais c’est de loin la solution la plus simple et la plus saine pour tous. On ne s’en prend pas à l’animal et on garde son calme.

Fixer les limites

Les personnes assistant à la scène doivent rester à leur place et laisser les deux protagonistes se débrouiller entre eux. Il est bon de souligner qu’un chien entretient des relations individuelles avec les autres (congénères, humains…).

Par exemple, un chien sait très bien au pied de qui attendre quand toute la famille est à table…

Et comme pour toutes les autres situations (cohabitation entre deux canidés, entre canidé et félin, entre canidé et humain…), c’est aux individus concernés de fixer leurs limites.

Toute personne qui ne veut pas subir ce genre de désagréments n’a qu’à le signifier elle-même à l’autre. Si elle laisse faire, c’est qu’elle accepte. C’est donc au « chevauché » de lui signifier qu’il refuse ce comportement en l’ignorant (pas un regard, pas un mot et pas un geste pour repousser), tout en se substituant à lui.

Quand se soustraire ne sert à rien (face à un très grand stressé ou à un très grand chien), isoler l’animal reste la seule solution. Il ne s’agit pas de le punir, mais seulement de l’inciter calmement à nous suivre dans une pièce (avec gamelle d’eau, lieu de couchage, jouets…) où il pourra se poser et décompresser.

Quant aux chevauchements du chien sur un congénère ou sur un autre animal, c’est ce dernier qui jugera comment il doit réagir. Tout animal qui ne veut pas subir ces effusions doit le manifester. Il pourra feindre l’indifférence ou les refuser par la menace ou le simple fait de se soustraire.

Si au contraire il accepte joyeusement, l’intrusion humaine ajouterait une tension supplémentaire et ne permettrait pas aux animaux en question de mettre au clair leur relation.

Rester impassible

Si nous assistons à ces tentatives de chevauchement, le mieux est d’être indifférent tout en refusant d’être spectateur de son action. Pour cela, il convient de quitter les lieux calmement et silencieusement.

Ce comportement s’estompera de lui-même avec le temps, et après que notre compagnon se soit rendu compte que son attitude n’est suivie d’aucune réaction…

Un chien peut chevaucher uniquement dans le but d’attirer l’attention de ses maîtres. Pour un chien, la sollicitude qu’on lui porte constitue une forte récompense (regards, paroles, caresses ou gestes à son encontre).

La recette pour bien vivre avec son chien est donc d’ignorer les « mauvais » comporte-ments et de renforcer les « bons » !

D’autres problèmes peuvent apparaître et poser problème dans la sexualité canine

Lorsque l’animal ne jouit pas de bonnes conditions de développement précoce, ses carences affectent aussi sa sexualité.

Un chiot séparé trop tôt de sa fratrie ou qui a été élevé par l’homme (et uniquement par l’homme) peut alors refuser de s’accoupler, avoir un intérêt sexuel pour un individu du sexe opposé d’une autre espèce, ne pas savoir comment procéder à la saillie…

Incapacité d’exprimer ses besoins sexuels, conséquence d’un stress

Cela peut relever du lieu qui peut être trop grand, trop bruyant ou avec trop de chiens ou
d’humains à proximité. Cela peut aussi être dû à la présence d’un propriétaire tyrannique intrusif.

Certains s’en sortiront bien si les humains les laissent seuls avec leur « moitié », mais d’autres ne pourront jamais établir de rapports normaux avec un individu de sexe opposé.

Cela peut également relever de la pathologie ou du physique

Par exemple, une mauvaise ouverture de l’urètre, un pénis insuffisant ou trop important, une insuffisance du développement testiculaire, une hypothyroïdie ou une hypotestoteronisme qui font chuter la libido, un
usage excessif d’anabolisants qui va diminuer le taux de testostérone, un hermaphrodisme, un âge avancé générant des douleurs dues aux articulations douloureuses…

Ne pas oublier que la prise de traitements médicamenteux peut être à l’origine d’une modification du comportement sexuel. Certaines femelles peuvent avoir du retard dans leurs chaleurs. Cela peut provenir d’un environnement stressant, d’une cohabitation avec une chienne ayant un taux hormonal élevé, d’un déséquilibre alimentaire ou d’une pathologie.

Il arrive qu’un chien refuse de s’accoupler avec un partenaire, mais pas d’autres… parce qu’eux aussi peuvent avoir leurs préférences !

Enfin, n’oublions pas qu’être en mesure de se reproduire (les organes génitaux étant tout à fait opérationnels) sans en avoir la possibilité peut être mal vécu. Un comportement à caractère sexuel n’est donc pas à exclure systématiquement.

L’homme fait vivre son compagnon à quatre pattes dans des conditions artificielles qui le rendent totalement dépendant de son bon vouloir. Cet environnement « dénaturé » peut l’amener à des comportements sociaux perturbés…

En conclusion

Pour faire cesser ces comportements déplacés, il convient de comprendre les raisons précises qui en sont à l’origine.

En attendant, la personne visée doit simplement se soustraire à ses chevauchements en se détournant calmement de l’animal.

Il est fortement déconseillé de sanctionner cette attitude, aussi déplaisante soit-elle. Une réaction agressive serait totalement incompréhensible pour le chien, car il se retrouverait puni d’être mal à l’aise.